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Les neurosciences et la psychologie le prouvent aujourd’hui : nos poilus préférés, grâce aux sentiments qu’ils nous portent, améliorent notre santé physique et mentale, de la petite enfance au grand âge.

C’est un ami qui nous protège

Entre eux et nous, c’est une histoire d’amour qui remonte au néolithique : le chien est la première espèce domestiquée par l’homme et l’une des rares à être spontanément attirée par lui. Nous ne savons pas exactement comment la relation a commencé. En tout cas, très vite, il est devenu notre compagnon à la chasse et le gardien de nos biens, de nos maisons, de nos troupeaux. Nous nous sommes apprivoisés mutuellement. Nous avions besoin de lui et lui de nous.

Avec le temps, ses missions se sont diversifiées. Nous faisons appel à lui pour rechercher les personnes disparues, pour détecter les drogues dans les aéroports, les explosifs. Il guide les en zoothérapie, il fait sourire les enfants autistes et réconforte les pensionnaires des maisons de retraite. Et bien sûr, il nous apaise et nous remonte le moral, toujours présent dans les moments sombres de l’existence. C’est dire qu’au fil des siècles, il s’est transformé en partenaire à part entière. Des parents souriants, des enfants rieurs et un brave labrador qui jappe, voilà une image du bonheur contemporain…

Sa réputation de meilleur ami de l’homme n’est pas usurpée. Synonyme de fidélité, de loyauté, de protection, d’amour inconditionnel, contrairement à sa majesté le chat, empereur du narcissisme et du souci de soi, le chien se préoccupe plus de son entourage que de lui-même et s’adapte aux demandes de ses humains. Les chiens agressifs, dangereux sont des exceptions. Ils le deviennent généralement en raison d’agissements humains : sevrage précoce, abandons, maltraitance, dressage sadique… 

Il nous aime vraiment

Bonne nouvelle pour les amoureux des toutous… Les progrès de l’imagerie cérébrale ont prouvé que si nous aimons les chiens, eux nous aiment tout autant (à leur manière bien sûr). Nous faisons partie de leur famille, de leur meute. Il est désormais démontré que lorsque notre chien sent notre odeur, rien d’autre n’existe pour lui que le puissant désir d’aller vers nous. Il est sensible aux intonations de notre voix et à nos émotions. Lui aussi, est capable d’éprouver de la peur, du stress, de la joie. « Quand mon chien Marius est très content, je vois bien qu’il ouvre la gueule à la manière d’un humain qui serait en train de rire », affirme Bérénice, 42 ans.

Nos changements d’humeur altèrent la sienne et il y répond comme les enfants réagissent aux états d’âme de leurs parents. Même s’il ne saisit pas intellectuellement les raisons de notre détresse, il est capable d’abandonner ses jeux pour nous offrir une léchouille réconfortante.

Il est un puissant antistress

Vivre avec un chien fait du bien. Par sa constance et sa patience, par son goût des rituels et des habitudes, le chien nous rassure dans ce monde marqué par l’incertitude. Le neuropsychologue  Robert Viau a recensé les effets antistress du chien dans un article intitulé « Les Effets du chien sur les humains », disponible sur le site de la Fondation Mira, qui forme des chiens d’assistance. La liste est longue.

Sa présence au bureau améliore les relations de travail (sauf pour les phobiques des chiens, naturellement). Dans la rue, il facilite les contacts sociaux – en effet, on regarde plus facilement une personne accompagnée d’un chien et les maîtres tendent à s’adresser spontanément la parole quand ils se promènent régulièrement au même endroit. Il détend les anxieux et abaisse la pression artérielle des stressés. A son contact, la production d’endorphines, la molécule du bien-être, augmente. Le risque de dépression diminue d’autant. Et il semble que les enfants abusés sexuellement qui ont développé précocement un lien très fort avec un chien, deviennent rarement à leur tour des abuseurs à l’âge adulte – ce qui est malheureusement le destin de nombreux enfants abusés qui n’ont pu trouver de soutien affectif.

Il est une personne qui aide à grandir

Nous sommes de moins en moins choqués par cette réalité de plus en plus courante : les liens qui se tissent entre un humain et son animal de compagnie peuvent être plus forts que ceux qui unissent un homme à ses semblables. Sandra Barker, universitaire spécialiste des relations entre l’homme et l’animal, a montré que plus du tiers des propriétaires d’animaux domestiques sont plus proches de leur animal que de certains membres de leur famille.

Cette constatation nous rappelle que nos toutous ne sont pas de simples doudous mais bel et bien des auxiliaires de vie. Si la psychanalyste Françoise Dolto nous avait appris que le bébé est une personne, le psychologue clinicien Philippe Hofman nous assure aujourd’hui qu’il en est de même pour notre poilu favori. Il possède une vraie personnalité qui le rend capable de décider d’une relation avec un humain. Le même chien peut être adorable avec une personne et odieux avec une autre, qu’il n’apprécie pas. Aussi, il n’est pas stupide de penser qu’un chien puisse être un véritable confident. D’autant que ses mimiques si expressives donnent l’impression qu’il comprend tout, sans juger. Mais, s’il compte autant pour nous, c’est aussi que « dans la relation que nous établissons avec lui, il est le support de nos projections, de nos fantasmes », précise Philippe Hofman. Il nous permet d’être le centre le monde (pour lui, nous sommes tout), de nous croire puissant, de nous affirmer, de nous sentir moins seul.

Dans l’enfance, il nous exerce à l’empathie. « Même un peu martyrisé, l’animal reste docile et soumis à son petit maître », assure Philippe Hofman. Pour les chiens, et c’est vrai pour la quasi totalité des mammifères, l’odeur du jeune humain le rend assimilable à un jeune de leur espèce, inoffensif, vulnérable. 

La rencontre avec le chien aide l’enfant à se développer psychiquement et physiquement, assure le psychologue. « Elle influe sur son intelligence, sa sociabilité, sa sécurité affective ». En essayant de comprendre son chien, l’enfant accède à la notion d’altérité, il s’initie à d’autres modes de communication, apprend la nécessité de se soucier des besoins d’autrui. Il n’est plus seulement un jeune être irresponsable dont les adultes s’occupent. En jouant avec son chien, il découvre une autre place, plus active.

Il permet de retrouver l’estime de soi

Le chien a aussi le fabuleux pouvoir de restaurer notre narcissisme en berne et de combler nos manques affectifs. Pour l’ado bousculé dans son estime de soi, prisonnier d’un corps qui lui échappe, un chien grand, puissant, est un atout formidable pour se réparer. D’où l’attrait des pit bullet des american staff. Alors que l’adolescente, selon Philippe Hofman, sera plutôt attirée par un chien un peu pataud qui suscite des envies de maternage : un bouledogue ou un carlin, par exemple. De plus, l’animal permet de trouver un interlocuteur à la maison quand la communication avec les parents est parfois rompue. « Il est le receveur-donneur d’un amour inconditionnel, qu’on n’ose plus demander aux parents et qu’on ne sait plus comment leur donner », pose Philippe Hofman. Le chien est d’ailleurs souvent le seul être vivant à être admis dans la chambre de l’ado.

A la cinquantaine ou la soixantaine, l’animal peut cette fois remplir le vide affectif des parents, abandonnés par leurs petits qui ont quitté le nid pour voler de leurs propres ailes. Ils se retrouvent à nouveau en couple, comme dans leur jeunesse. Mais, souvent, ils ont tellement perdu l’habitude de cette intimité qu’ils ne savent plus quoi se dire. En attendant qu’ils retrouvent un équilibre à deux, le chien sera leur sujet de conversation, l’élément qui les relie.

Le chien est également pour les célibataires, tout à la fois un ami, un enfant, un parent rassurant et aimant. « Je n’ai plus envie de me prendre la tête avec un homme, déclare Elise, quinquagénaire. Je suis bien, tranquille, avec mon loulou. Nous nous promenons au bois, partons à la mer. Je me fais des amis qui partagent mon amour des chiens aux cours collectifs d’éducation canine. »

Il peut aider à se réparer

Quand la vie nous a trop bousculé, prendre soin d’un animal qui saura nous donner de l’affection permet de se réparer, de se soigner. Jérémie, 39 ans, estime avoir été sauvé de la drogue par sa chienne Belle. « Une vraie rencontre, elle m’a suivi dans la rue et je n’ai pas eu le cœur à la chasser. Elle est devenue ma compagne de galère puis, pour m’occuper d’elle comme elle le méritait, j’ai décidé d’arrêter mes « conneries » ». Certains adoptent des chiens pour se trouver un soutien psychique.

Ainsi Julia, 47 ans, qui a grandi auprès d’une mère maltraitante qui se moquait de « sa tête de fouine », recueille et sauve de l’euthanasie des chiens handicapés, laids, dont personne ne voudrait. En eux, elle voit l’enfant mal aimé qu’elle a été.

Le besoin de sauver, « de prendre soin d’autrui est essentiel pour les humains » rappelle Philippe Hofman. Nous aspirons à être attachés à d’autres êtres. Une aspiration qui incite parfois à vouloir apparaître comme des parents idéaux. Ce fantasme de perfection pousse certains propriétaires d’animaux à se ruiner pour eux en babioles et en gadgets inutiles.

Mise en page 1« Les passionnés d’animaux sont prêts à tous les sacrifices, explique Philippe Hofman, ils dépensent sans compter. Jusqu’à restreindre la qualité de leur propre existence pour satisfaire les besoins fabriqués de leur roi poilu. En fait, il n’y a pas à juger ces comportements. Que l’animal soit le bénéficiaire de dépenses excessives est peut-être étonnant, mais ce n’est pas condamnable. Du reste, ces gâteries exagérées n’excluent pas forcément l’aide et le soutien aux humains. »

Le seul vrai danger est d’oublier ses besoins spécifiques de chien, à force de trop le prendre pour un semblable. Il ne faut jamais oublier qu’il voit son entourage, sa famille humaine comme sa meute. Et que le chef de meute, c’est nous.

A inverser les rôles, à lui laisser les commandes, nous risquons de le transformer en tyran agressif. Une situation qui nous obligera à consulter un vétérinaire comportementaliste qui rééduquera notre compagnon privé de ses repères habituels. Respecter le chien, c’est aussi lui permettre de vivre au mieux son destin de chien.

 

source  : http://www.psychologies.com/ du 22/09/16
Conseil de lecture :  Le très beau livre de Philippe HOFMAN

 

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